107. Le projet du siècle : assécher le canal de la Dérivation pour le transformer en un immense jardin verdoyant s’étalant sur toute la longueur de la Cité ardente.

Par Philippe Tossens

Urbanisme et aménagement du territoire, Mobilité, Transition climatique, Santé

Amercoeur - Longdoz, Outremeuse

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  • Il faut se le dire, à partir du pont de Huy, le canal de la Dérivation est moche et terriblement bétonné. Pour remédier à ce problème et a tant d’autres à Liège, mon projet consiste a réaliser une étude de faisabilité permettant de connaître les coûts et les bénéfices liés à la transformation totale du canal en un vaste oasis vert. Petit retour en arrière. Projet titanesque ayant duré plus de 10 ans, la création de la Dérivation, en 1850, a permis de rassembler divers bras d’eau pour n’en créé qu’un seul. Le but était d’une part de reconquérir de nouvelles surfaces habitables (autour du Boulevard de l’Automobile) pour une population liégeoise croissante et d’autre part d’accueillir des navires de plus en plus chargés qui ne pouvaient pas emprunter la Meuse, trop peu profonde à l’époque. De nos jours, ce canal n’a d’autre but, je pense, que de réguler le niveau de la Meuse, de récolter certaines eaux traitées, de créer un habitat propice à certains gros poissons et d’offrir à l’Union Nautique un vaste terrain récréatif. L’OMS recommande un ratio de 9 à 10m² d’espaces verts par habitant, à moins de 10 minutes à pied. Selon une récente étude commandée par des échevins socialistes, ces espaces sont insuffisants pour les Liégeois. Les quartiers du Longdoz, d’Amercoeur et d’Outremeuse, denses en population, sont d’une part asphyxiés par le flux automobile et l’exiguïté des voiries et d’autre part ne possèdent quasiment aucun parc ! Certes, les choses devraient changer d’ici peu avec la modification du Boulevard de la Constitution et l’aménagement de l’ancien site de Palmolive mais ces espaces seront toutefois limités. Pour véritablement changer la donne, il est nécessaire de voir grand. Ainsi, en transformant la Dérivation (3,8km sur 80m de large) en poumon vert, Liège récupérerait grosso modo 300.000m² d’espaces verts supplémentaires soit 1,5m² par habitant. Je vous épargne les milliers d’avantages sociétaux, économiques, écologiques, sur la santé et la sécurité qui seraient bénéfiques à la population liégeoise si cela devait se faire. A l’intérieur de ce projet, il serait possible de résoudre d’innombrable problématiques récurrentes telles que le peu de plaines de jeux ou la possibilité de créer des jardins communautaires. Bien évidemment, vu l’ambition du projet, le tourisme exploserait, le réseau de pistes cyclables y serait intégré, etc. Je vous laisse imaginer les retombées. Concernant les travaux auront l'avantage d'être limités sur notre quotidien car ils ne toucheraient directement ni les voiries ni les habitations. Pour absorber le flux d’eau supplémentaire, il faudrait augmenter la profondeur de la Meuse. Heureusement, ces aménagements ont déjà commencé depuis un certain temps pour d’autres raisons. En effet, des campagnes de dragages sont régulièrement opérées sur le lit du fleuve. Auparavant à 2m de profondeur, la Meuse coule désormais à 4m et permet par exemple à toute l’industrie lourde de Seraing d’augmenter le tonnage de ses marchandises. Évidemment, les (quelques) mordus d’avirons et les gros poissons devront trouver un autre bassin d’activité. Le sacrifice de quelques uns serait bénéfique à quelque 22.000 habitants des trois quartiers concernés mais aussi au reste de la population. Le projet, qui permettrait à lui seul de booster la transition vers une ville plus verte, est audacieux mais mérite, je le pense, une réflexion approfondie.

Lilly Lilly a écrit :
13/04/2019 16:54

Très très intéressant !

Robert ARNOULD a écrit :
27/04/2019 13:55

Le projet est séduisant. Malheureusement, il passe rapidement sur le rôle essentiel de la Dérivation, à savoir écouler les débits de crue centennale de l'Ourthe quand ils surviennent en même temps que ceux de la Meuse. En 1962, la Ville de Liège avait le projet de recouvrir la Dérivation de dalles devant permettre notamment d'éloigner le trafic de transit des habitations. Le projet a fait l'objet d'un modèle réduit hydraulique à l'Université de Liège où diverses variantes ont été étudiées. Si on veut éviter des inondations dans la région, il faut s'abstenir de toutes piles ou voile dans le lit de la Dérivation. Dès lors, la seule issue serait de réaliser une dalle reposant uniquement sur les murs de quai. Outre que cela coûterait fort cher, il faudrait refaire tous les murs de quai qui n'ont pas été prévus pour supporter de telles charges.
A moins d'y mettre le prix, ce projet ressemble à une fausse bonne idée. Hélas !

Cyprien M.Marzano a écrit :
29/04/2019 14:07

La derivation n'est-elle pas presente pour eviter les innondations en centre ville.

Philippe M. a écrit :
10/05/2019 21:09

Pour appuyer ce projet et imaginer ce que ça pourrait donner, je propose au lecteur citoyen et élu de regarder ce qui s'est fait à Valence: les jardins du Turia forment une magnifique coulée verte au sein même du lit asséché du fleuve Turia.
C'est aujourd'hui un magnifique havre de paix et une des raisons qui rendent Valence attrayante aux yeux des habitants et des touristes!
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jardins_du_T%C3%BAria

Il existe également la coulée verte à Paris (sur des anciens chemins de fer, comme la high lane de NYC) qui propose un superbe lieu de promenade hors du temps.

Vincent Sougné a écrit :
12/06/2019 19:54

Malheureusement techniquement infaisable sauf sin nous voulons revivre les grandes inondations du début XX éme. La Dérivation participe à la régulation des crues de la Meuse.

Anne De Waele a écrit :
15/06/2019 14:48

Ce projet ne laisse plus de place à l’aviron liégeois!

JEAN PAUL E. PIRARD a écrit :
18/06/2019 00:41

Comment peut-on oublier les multiples inondations que Liège a subies ?